Elections 2007: le programme électoral de la gauche caviar
Le programme du parti socialiste marocain, USFP, est le seul et unique programme exhaustif dans la galaxie des partis politiques marocains.
Le programme propose un grand nombre de dispositions et mesures: croissance économique, chômage, gestion budgétaire, répartition des ressources, éducation, santé, rôle de la femme, enfance, retraite, droits de l'Homme, habitat, urbanisme, monde rural ...etc.
Guerre de générations : j'y suis, j'y reste
Il est important de souligner que, depuis le départ de son président EL YOUSSFI, l'USFP a subi de nombreuses dissensions internes et sa direction est tiraillée entre une classe usée et les jeunes cadres dynamiques du parti.
En effet, au niveau de l'appareil du parti, il y a un clivage grandissant entre le clan de Rabat et celui de Casablanca. Il y a également la position de plus en plus critique de la Confédération Démocratique des Travailleurs (CDT), allié syndical et historique de l'USFP.
Le vieux routier politique de la gauche marocaine, M. Mohamed El Yazghi, agé de plus de 70 ans !, occupe toujours le poste de Secrétaire général de l'USFP et de Ministre au sein du gouvernement Jettou. De la même génération que El Yazghi, un autre vieux renard de l'USFP, Abdelwahed ERRADI, occupe le poste du président du Parlement depuis des décennies…
La pyramide des âges de nos politiciens et généraux est à l'opposé de celle de la démographie marocaine.
Faute d'une révolution interne pour moderniser les structures du parti et rajeunir ses cadres dirigeants, de nombreux cadres compétents et dynamiques lassés et découragés, ont fini par claquer la porte pour rejoindre le monde associatif ou lancer de nouvelles formations politiques. L'université, qui constituait le terrain favori de recrutement de militants socialistes, a complètement basculé dans l'islamisme et la jeunesse Ittihadia est marginalisée.
Les socialistes marocains, qualifiés de gauche caviar, ont perdu le peu de capital de sympathie qu'ils avaient au sein de la population à l'époque de El Youssfi. L'USFP s'est transformé en un temple gardé par une poignée de conservateurs réduits à applaudir les initiatives royales.
La gauche s'installe aux Champs Elysées
L'USFP a déserté la scène populaire laissant le champ libre aux mouvements islamistes et aux prédicateurs divers. D'ailleurs, au lieu d'installer son nouveau siège au sein d'un quartier proche des Forces Populaires, l'USFP s'est offert un nouveau siège ultra moderne, une tour d'ivoire, dans le quartier le plus chic et le plus cher de Rabat (Hay Riad). Un siège qui s'apparente davantage au siège d'une multinationale plutôt qu'au siège d'un parti socialiste des Forces Populaires.
Ministres de l'USFP : déception à la hauteur des espérances
Habib El Malki, qui a eu le portefeuille de l'agriculture sous le gouvernement EL Youssfi et l'éducation sous le gouvernement Jettou, n'a pas apporté de changements significatifs: les problèmes structurels de l'agriculture sont toujours présents et les performances de l'économie marocaine continuent à dépendre des fluctuations de la pluviométrie.
Au niveau de l'éducation, on ne peut pas parler d'avancées significatives, bien au contraire, la qualité de l'enseignement public a chutée. Les enfants de familles aisées fréquentent les écoles privées et les missions françaises affichent complet en dépit des tarifs exorbitants. L'analphabétisme continue à placer le Maroc loin derrière les pays arabes et plus de 360 000 enfants abandonnent l'école chaque année.
La justice, un autre portefeuille entre les mains d'un ministre socialiste, demeure au centre des critiques de tous les démocrates et les organisations des droits de l'Homme. C'est un département poussiéreux doté de structures archaïques dépendant et rongé par la corruption.
Le Ministère des Finances est également dirigé par un socialiste qui applique une politique financière ultralibérale sans retombées positives au niveau de la population. Le poids de la fiscalité et de la parafiscalité sont considérables et va de paire avec la fuite fiscale. Peu de marocains, particuliers et entreprises, paient les impôts mais l'Etat se rattrape en recourant à d'autre moyen tels que les prélèvements obligatoires, à la source, sur les revenus ou en taxant lourdement l'enregistrement des transactions diverses. C'est un département où règne la corruption surtout en ce qui concerne l'impôt des sociétés et la douane.
Au niveau de la politique monétaire, la valeur du Dirham marocain, DH, est toujours déterminée artificiellement en fonction de l'évolution d'un panier composé arbitrairement de diverses devises avec une prépondérance du dollar.
Ainsi, si la devise de la puissante économie US, le dollar, a perdu plus d'un tiers de sa valeur par rapport à l'Euro, ce qui handicape lourdement les exportations européennes, le Dirham marocain résiste aux vents de l'Atlantique et de la Méditerranée : c'est la valeur de l'euro qui varie, le dirham ne bouge quasiment pas.
La valeur d'une monnaie devrait refléter la santé de l'économie qu'elle représente. Tous les pays qui ont décollé économiquement et socialement ont eu recours massivement à la dévaluation : l'Espagne, le Portugal, la Grèce et aujourd'hui la Turquie adopte la même stratégie pour stimuler les exportations et opérer un transfert de richesses au sein de la population.
La valeur du DH est exagérément et artificiellement surévaluée au profit d'une minorité d'opérateurs économiques riches. Dévaluer le DH de 10% revient, en fait, à réduire d'autant la valeur monétaire des riches. Aujourd'hui, la surévaluation du DH est un obstacle sérieux de la croissance économique au Maroc.
Deux gouvernements et quelques poussières...
Les socialistes de l'USFP ont occupé des postes ministérielles importants dans deux gouvernements successifs sans résultats significatifs. Ils auraient pu débarrasser les départements qu'ils ont géré et qu'ils gèrent encore, au moins, de la corruption. C'est une mesure que ne nécessite pas l'accord ou le prêt du FMI.
Comment peut-on encore croire en la création de 2 000 000 millions d'emplois en 5 ans alors qu'ils n'ont pas fait grand chose en 10 ans ?
pour créer autant d'emplois, il faudrait un taux de croissance économique de deux chiffres et on ne voit pas par quelle baguette magique ils arriveraient le réaliser.
Que reste-il de ce parti ? Au lieu de l'Union place aux divisions internes, les cadres compétent le désertent les uns après les autres, à la place du socialisme ses ministres appliquent bien un libéralisme sauvage et les Forces Populaires sont aujourd'hui avec le PJD.
Ce bref survole de trois départements importants gérés par des ministres de l'USFP, montre clairement que la déception des socialistes est à la hauteur des espérances du peuple.
Aperçu du programme du l'Union Socialiste des Forces Populaires (USFP)
Emploi
- Créer deux millions d'emploi en cinq ans
Economie
- multiplier le revenu national par tête d'habitant dans un délai de dix ans et augmenter la demande intérieure et son corollaire, le pouvoir d'achat.
Education - formation
- Lutter contre l'analphabétisme en réduisant le taux d'abandon scolaire, dans un délai de 5 ans, de 7% actuellement à 3%.
- Atteindre le nombre de 250.000 bacheliers à l'horizon 2012
- Augmenter le budget de la recherche scientifique de 0,8% actuellement à 1,5%.
Santé
- Formation de 5000 infirmiers (ères)
- Encourager le recours aux médicaments génériques
Logement
- Limiter le nombre d'institutions publiques intervenant dans ce domaine,
- Intégrer les programmes et les politiques de l'habitat.
Sport-Culturel
- Augmenter de 2% la subvention accordée par l'Etat au secteur culturel.
- Renforcer les réseaux des festivals nationaux les plus crédibles et les plus rentables.
- Mettre à niveau le secteur du sport et de l'infrastructure sportive au Maroc
Medias
- Poursuivre la réforme du Code de la presse en vue de plus de liberté.
Religion
- Adopter une nouvelle vision de la gestion du champ religieux.
- Moderniser le Conseil supérieur des Oulamas
- Réformer Dar Al hadit Al hassania et l'université Al Akaraouiyine.
Pauvreté, précarité et inégalités économiques et sociales
- Mise en place un système d'aide aux familles pauvres en leur accordant une aide de 500 dh par mois
- Revoir la gestion de la Caisse de compensation,
- Révision de l'impôt sur le revenu appliqué aux familles ayant un revenu mensuel imposable inférieur à 4000 dh.
Démocratie et gouvernance
- Promulguer la loi sur le droit de grève,
- Créer le Conseil économique et social,
- Annuler la peine de mort
- Mettre en œuvre les recommandations de l'IER.
- Renforcer les prérogatives de l'institution législative à travers l'élargissement de son pouvoir de contrôle de l'Exécutif.
- Renforcer les prérogatives de l'institution du Premier ministre en lui attribuant, entre autres, le pouvoir de nomination de hauts responsables civils
- Rendre plus efficient le travail du secrétariat général du gouvernement (SGG) en révisant ses méthodes de travail et la déléguant à la Primature.
- Mettre l'institution du wali entre les mains du gouvernement
- Réviser le découpage régional.
Hatimi