Un Istiqlalien Premier ministre : Jettou au secours
Suite aux élections législatives du 7 septembre 2007, on a assisté à trois grandes surprises majeures :
- Un très faible taux de participation 37% : taux le plus faible de l'histoire politique du Maroc. Une sanction du pouvoir lourde, de significations et de conséquences.
- La victoire du parti de notables, Istiqlal, en remportant 52 sièges devance le parti conservateur, le PJD, de 6 sièges.
- La nomination de M. Abbass El fassi Premier ministre
Quant aux socialistes de l'USFP, leur défaite générale (38 sièges contre 50 en 2002) était inéluctable et bien prévisible. Seuls ses dirigeants rêvaient, dans leur tour d'ivoire de Hay Riyad à Rabat, de réaliser un bon score et certains se voyaient déjà au poste du Premier ministre.
Istiqlal plus conservateur que le PJD
Au cours de la campagne électorale, la presse nationale et étrangère avait orienté ses projecteurs sur le PJD (Parti de Justice et de développement) en oubliant le véritable parti islamiste qui est l'Istiqlal.
Les deux partis ont de nombreuse similitudes:
- ils sont de la droite capitaliste (non libérale)
- Disposent d'une poignée de cadres bien formés qui font bouger le parti.
- Se basent sur une idéologie islamiste: progressiste pour l'un et réactionnaire conservatrice pour l'autre.
Mais ils divergent au niveau de leurs rapports par rapport à la monarchie :
- le PJD est assez critique et l'Istiqlal se comporte en serviteur
Ils divergent aussi au niveau de la structure du corps électoral :
- le PJD est un parti de masse populaires qui recrute au sein de la classe oubliée pas uniquement des bidonvilles.
- L'Istiqlal se base plutôt sur une bourgeoisie compradore qui lui sert de relai pour collecter les voix.
En effet, le PJD est un parti catalogué, par les observateurs, de parti islamiste modéré et l'Istiqlal de parti tantôt nationaliste tantôt conservateur ou centre-droite..
Si on approfondi l'analyse de ces deux partis, la réalité est toute autre :
Le PJD est au fond un parti qui se base sur un Islam progressiste, moderne, avec une dose d'archaïsme et de traditionalisme. Une stratégie, qui a permis au PJD, de mettre la main sur toutes les universités et d'attirer au sein de ses structures des cadres bien formés.
La facette archaïque et traditionaliste du PJD (qui fait peur aux enfants de Lyautey) est destinée aux franges traditionnelles de la société marocaine.
Pendant les deux campagnes électorales de 2002 et de 2007, le PJD avait axé son programme sur la dénonciation des injustices et inégalités sociales, de la corruption, la dégradation des mœurs tout en proposant un programme économique pertinent.
Cette stratégie explique le succès du PJD dans toutes les couches sociales et son pouvoir de mobilisation des foules.
Istiqlal toujours et encore: parti conservateur? droite nationaliste, droite, nationaliste, centre-droite,..?
Le parti de l'Istiqlal (Parti de l'indépendance), n'est pas un parti conservateur au sens occidental, mais c'est un parti de la droite capitaliste composé de notables féodaux et n'est pas plus nationaliste que n'importe quel autre parti marocain.
Il y a un amalgame entre le véritable parti de l'Istiqlal fondé en 1943, qui regroupait tous les nationalistes marocains, et qui a joué un rôle important surtout dans les années 1950 et 1960 et l'Istiqlal actuel qui est l'enfant d'Allal El Fassi, modelé par un certain Boussetta et dirigé aujourd'hui par Abbas El Fassi, gendre de Allal El Fassi (comme quoi l'istiqlal est une affaire de famille) .
Son idéologie est basée sur un soutien aveugle à la monarchie, un attachement aux valeurs islamiques les plus archaïques et les plus réactionnaires, tout en se basant sur une classe de notables et féodaux dans les zones arabophones. Cette idéologie est, en partie, responsable du retard économique et social du Maroc.
L'Istiqlal, a participé à tous les gouvernements des années de plomb, a occupé de nombreux départements ministériels et a géré de multiples entreprises publiques. La main mise de ce parti sur le Maroc, au niveau économique, financier et politique était telle que les Marocains l'ont qualifié de parti de la bourgeoisie compradore fassi.
On a souvent mis tous les maux du Maroc sur le dos du vizir Basri, mais on a oublié que toute la classe politique, économique et financière de l'Istiqlal assume une grande responsabilité dans cet héritage catastrophique.
Le succès relatif de l'Istiqlal dans les élections du 7 septembre 2007, s'explique en grande partie par la présence, dans le gouvernement Jettou, d'éléments, technocrates, dynamiques tels que : le Ministre de l'équipement et du transport, Karim Ghellab, le Ministre du tourisme, de l'artisanat et de l'économie sociale (Adil Douiri), Ministre délégué auprès du Premier ministre chargé du logement et de l'urbanisme (Ahmed Toufiq Hjira)… Contrairement à leurs homologues socialistes de l'USFP, le bilan de ces ministres est globalement positif et les résultats sont bien visibles aux yeux de la population ( autoroutes, habitat, tourisme..).
Cependant, il faudrait souligner que ces grands projets doivent leur existence et leur réalisation au soutien et au suivi permanent du Roi Mohamed 6.
Abbas El Fassi, secrétaire général de l'Istiqlal, occupait le poste de Ministre d'état sans portefeuille et au Maroc un ministre sans portefeuille est assimilé à un ministre sans travail. Un accident, disaient les mauvaises langues…
Il vient d'être désigné, par le Roi Mohamed 6, Premier ministre (Aie, tous sauf Abbas, titre l'hebdomadaire Tel quel). Il était plusieurs fois ministre sous le règne Hassan 2 et a occupé de nombreuses fonctions dans la diplomatie marocaine.
En dépit de son idéologie réactionnaire et rétrograde, l'Istiqlal avait adopté une stratégie payante lors des élections de 2002 qui donné ses fruits aux élections de 2007. sachant que ses leaders ont mauvaise presse au sein de l'opinion publique, il a misé sur de jeunes cadres technocrates, sans passé obscure, pour occuper des postes de ministres au sein du gouvernement sortant. Seul Abbas El Fassi faisait fausse note dans cette équipe istiqlalienne. Toutefois, un ministre sans portefeuille est sans importance…
Que peut gagner le Maroc avec un homme dont la seule hantise est de plaire à son roi ?
La presse marocaine n'est pas tendre avec le nouveau Premier ministre :
D'abord la popularité de M. El-Fassi a beaucoup pâti d'un énorme scandale lorsqu'il était ministre de l'emploi. Une entreprise émiratie, Annajat, avait signé, en 2003, une convention avec l'agence marocaine pour l'emploi, un organisme sous tutelle de M. El-Fassi. Il s'agissait d'offrir un emploi aux jeunes chômeurs. Le ministre était intervenu à la télévision pour faire la promotion de l'initiative d'Annajat. Au final, il s'avère qu'il s'agisse d'une escroquerie qui a touché des dizaines de milliers de victimes : quatre suicides, douze emprisonnements et 90.000 demandeurs d'emploi ruinés. Le scandale avait été rapidement étouffé par les autorités.
On reproche également à M. EL Fassi que lorsqu'il a été Ministre de l'Habitat, il a commencé par servir les siens, istiqlaliens, en premier tout en cédant des lots de terrain à Hay Riad (quartier le plus chic de Rabat) à ses futurs obligés moyennant un paiement modique.
Par ailleurs, selon l'hebdomadaire TelQuel (www.telquel-online.com) M. EL Fassi " ne fait pas l'unanimité dans son propre parti, où il compte autant d'adversaires que de partisans ". " Son sens du consensus (vis-à-vis du Palais) est tellement aiguisé qu'il confine parfois au mimétisme, voire à la servitude. Mou, effacé, les seules idées fortes qu'il pourrait faire aboutir seront celles du roi, point à la ligne. "
Et l'hebdomadaire d'ajouter : " Abbas El Fassi n'a jamais rien prouvé, si ce n'est son incapacité chronique à (s')assumer, à s'affranchir d'une certaine tutelle makhzénienne. " . " Le député de Larache n'a pas de programme, pas d'idées propres. "Durant la campagne, j'ai expliqué à mes électeurs que mon programme s'appelle le discours (royal) du trône", a-t-il avoué sur un plateau de télévision. "
L'hebdomadaire se demande et à juste titre : " Que peut gagner le Maroc avec un homme qui n'a jamais fait l'unanimité dans sa propre famille politique, et dont la seule hantise est de plaire à son roi en le citant abondamment ? "
Le retour en force des membres de l'Istiqlal, suite à des élections les moins représentatives de l'histoire du Maroc ( 4,6 millions de votants pour une population de 33 millions d'habitants) n'est pas dans l'intérêt de la jeune démocratie marocaine et c'est bien dommage. L'histoire nous dira s'il s'agit bien d'une régression. Abbas EL Fassi, Premier ministre, encore un accident...
Dans son programme social, l'Istiqlal a promis, entre autres, une pension mensuelle de 500 DH par famille. Qui vivra verra…
maroc2007.net